A la frontière entre Retrogaming et Néoretrogaming

Nous avons observé le décor historique et quelques transformations structurelles du marché des jeux vidéo, nous allons maintenant observer le phénomène du Retrogaming et ses effets, notamment l'émergence du Néoretrogaming.

Je vais définir dans un premier temps la notion de retrogaming ainsi que les conséquences de sa popularité sur le marché de la collection de jeux vidéo. Nous étudierons ensuite le concept du Néorétrogaming.

Si je n'aborde pas certains sujets, certaines causes ou effets, et si je ne développe pas plus certaines idées présentes dans cet article, je les étudierai dans d'autres parties de ce dossier. Nous ne faisons pour l'instant que planter le décor dans lequel le jeu vidéo devient un objet de collection. 

Le retrogaming

Le retrogaming : c’est l’action de jouer à des jeux d’ancienne génération.

Je sais que la définition paraîtra réductrice pour beaucoup, mais je cherche ici à mettre en valeur les différents contextes qui favorisent l'émergence des collectionneurs de jeux vidéo. Bien que la notion de retrogaming soit souvent assimilée à la collection de jeux vidéo, nous allons ici les différencier, et se contenter de cette définition.

Je vous renvois tout de même sur les sujets qui traitent de la définition du retrogaming (sur mon blog, sur France Retrogaming, sur le forum).

Le retrogaming, c'est donc ce phénomène qui se traduit par l'émergence d'une population de joueurs qui jouent aux anciens jeux vidéo. On pourrait faire une comparaison avec la littérature ou le cinéma :  au travers des plus ou moins grands titres (et machines) qui ont fait l'Histoire du jeu vidéo, le joueur se cultive de la même manière que se cultive n'importe qui en lisant les classiques ou regardant de vieux films cultes, car le jeu vidéo a désormais sa propre culture (ce sera l'objet du prochain article).

Mais le retrogaming c'est aussi le culte du “c’était mieux avant” (il faut comprendre "les jeux vidéo étaient mieux avant").

Les jeux actuels sont différents de ceux des premières générations, et ces différences ne plaisent pas à tout le monde. En effet, les jeux actuels ont une durée de vie plus courte, malgré le fait qu’ils soient plus longs à terminer. Cela s’explique par le fait que, au fil des années, le joueur a développé une expérience et une certaine dextérité. Cela s’explique également par le fait que les nouvelles sorties sont bien plus nombreuses qu’à l’époque des jeux 8 et 16 bits : aujourd’hui on passe d’un jeu à l’autre beaucoup plus rapidement. On peut encore noter que les jeux actuels laissent finalement assez peu d'autonomie au joueur, celui-ci est toujours guidé, presque assisté tout au long du jeu (pour qu’il puisse arriver à la fin - et en acheter un autre).

Il y a bien sûr bien d'autres raisons qui amènent les joueurs à se tourner vers les jeux d'antan, mais nous avons énumérer ici les plus importantes à savoir : le jeu vidéo devenu une culture, et le culte du "c'était mieux avant". Tâchons de rester dans le cadre de ce qui nous intéresse : les éléments qui contribuent à faire des jeux vidéo des objets de collection.

La catégorie de joueur qui préfère les jeux “d’avant”, joue plus aux jeux rétro qu’aux nouveautés. Et ils sont un certain nombre à rechercher et à acheter (sur internet, dans les brocantes ou dans les magasins spécialisés dans l'occasion) d'anciennes consoles et d'anciens jeux. Certaines pièces étant plus rares que d'autres, il s'est rapidement créé des ordres de prix, ou des cotes.  Mais le retrogaming a toujours concerné une minorité de joueurs, donc pendant longtemps les cotes sont restées assez stables (je consacrerai bientôt une grosse partie de ce dossier à l'évolution des prix).

Cependant ces dernières années, le retrogaming a connu un essor spontané grâce à différents facteurs qui l’ont rendu populaires. Nous pouvons évoquer notamment l'émergence de nombreux sites spécialisés, ou (parce que c'est une réalité) l’apparition de testeurs à succès sur Youtube, comme le Joueur du Grenier ; nous pourrions également parler de la mode du rétro... J'y reviendrai aussi plus tard, mais pour le moment, je vais m'intéresser à une des conséquences de la récente popularité du retrogaming : le Néorétrogaming.

Le Néoretrogaming

Aussi porté par le pixel-art et la culture geek, le retrogaming a donné naissance au néoretrogaming.

L'inspiration artistique du geek-art joue avec le pixel et avec les personnages emblématiques du jeu vidéo. De nombreux studios indépendants s'inspirent des graphismes des anciens jeux pour produire des jeux de qualité qui nécessitent peu de moyens techniques et financiers. Il existe de nombreux passionnés et fans qui créent des homebrews (jeux faits maison) sur d'anciennes machines. Citons par exemple la version de Halo sur Atari 2600.

Voici quelques-unes des raisons qui, en plus de celles étudiées dans les paragraphes précédents, ont contribué à populariser le retrogaming. Cet intérêt du gros pixel n'a pas mis longtemps pour se faire remarquer des éditeurs de jeux vidéo, et ils commercialisent désormais de plus en plus de jeux dont les graphismes (mais pas seulement) sont directement inspirés des jeux rétros.

C’est la naissance du Néoretrogaming.

Le Néo-rétro-gaming : c'est l'action de jouer à un jeu récent inspiré d'un jeu rétro. Un néo-retro-game est donc, textuellement, un "nouveau jeu rétro"

Les éditeurs, à l’heure où c’est pourtant la Haute Définition et l'hyper-réalisme qui gouvernent, nous proposent de plus en plus de néoretrogames. Certains sont même directement inspirés de titres rétro emblématiques, comme par exemple de 3D Dot Game Heroes sorti en 2010 sur PS3 et qui est inspiré de The Legend of Zelda sorti en 1986 au Japon.

Le retrogaming n'appartient plus au passé, il a désormais une actualité très fournie.

Les éditeurs ne s'arrêtent pas là, ils offrent une seconde vie commerciale à leurs anciens titres en les proposant à des prix "bas" sur les différentes plateformes de téléchargement. La frontière entre Retrogaming et Néoretrogaming s'estompe ici.

La génération actuelle voit alors s'ouvrir une porte sur un monde qui leur était inconnu jusqu’alors : celle des premiers jeux vidéo, celle de la culture des jeux vidéo.

Qui aurait pu le prévoir ? La génération actuelle joue aux jeux vidéo rétro et elle les apprécie ! Cela provoque des conséquences inattendues sur le marché de la collection de jeux vidéo : désormais, le retrogaming n'appartient plus aux "vieux". Le retrogaming est devenu une culture qui intéresse même les plus jeunes, qui se lancent dans la recherche des vieilles consoles et de leurs meilleurs titres.

Depuis cinq ans maintenant que je m'occupe du site France Retrogaming, j’ai vu cette population exploser. De nombreux jeunes de 14,15 ou 16 ans, parfois même encore plus jeunes s’inscrivent sur le forum pour débattre, rechercher des informations, ou tout simplement acheter de vieux jeux et de vieilles consoles. Certains ont même réalisé des dossiers et des tests sur les jeux rétro ; des entrants qu’on n’attendait pas sur le marché des jeux vidéo rétro, et qui contribuent à faire de ces vieux titres, des pièces recherchées.

Dans le prochain article, nous nous intéresserons à la place culturelle occupée par le jeu vidéo.

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5 commentaires sur “A la frontière entre Retrogaming et Néoretrogaming

  1. Obowser

    Article clair, intéressant et stimulant.
    Concernant l'émergence d'une "culture jeu vidéo", la presse spécialisée des années 90 et en particulier le magazine Player One a eut un rôle précurseur, notamment par son parti-pris d'intégrer le jeu vidéo à une vision globale de la culture populaire mêlant BD, cinéma et musique.( Cf le livre Les Chroniques de Player One.)
    En tant que lecteur assidu de Player One, j'ai l'impression d'avoir été préparé au retrogaming et à la collection tant les rédacteurs insistait sur l'importance de la constitution d'une "ludothèque" constitués de jeux qui étaient déjà présentées comme de futurs classiques (voir les test de SMB 3, de Zelda 3, de Phantasy Star II ...)

  2. Auteur de l'article

    Ce que tu dis sur le Presse vidéo-ludique est intéressant. C'est vrai que les magazines de l'époque ont été les premiers à considérer le jeu vidéo d'un point de vue culturel. Merci pour ce commentaire pertinent 🙂

  3. billyjoe

    Bon article et je rejoins également Obowser. Je regrette d'ailleurs qu'à l'époque, je n'ai pas saisi tout l'importance de se constituer une ludothèque, probablement parce que si je voulais jouer, je devais revendre. Mais quel gâchis de mettre séparé d'autant de choses...

  4. Auteur de l'article

    héhé Tu mets le doigt sur un point important : nous revendions nos tous nos jeux pour en acheter d'autres !
    C'est un truc con, et ça a un énorme impact sur le retrogaming comme sur la collection.
    J'en parlerai quand je commencerai à m'intéresser de plus près aux collectionneurs de jeux vidéo. 😉

  5. tassiruam

    On avait surtout pas d argent pour cumuler les jeux, sinon on l aurait fait.
    Papa et maman n avait pas les mêmes moyens que maintenant. Si je me souviens bien les jeux étaient à 400fr ce qui fait 60euros.
    Toujours aussi bien les articles, je lirai la suite plus tard je dois bosser maintenant lol...

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